La
Littérature Française de la Renaissance
Pierre de Ronsard, 1524-1585

- comme
Du Bellay, né d'une famille illustre, Ronsard avait une enfance
beaucoup plus heureuse: il était page à la cour de François
I (1515-1547), attaché d'abord au fils préféré
de celui-ci, le dauphin François qui mourut en 1536, puis à
d'autres enfants royaux, notamment, Charles d'Orléans et Madeleine
de France laquelle il suit comme Reine en Ecosse où elle meurt
aussitôt en 1537. Atteint par la surdité dès 1539,
il renonce à ses ambitions militaires ou diplomatiques, et se retire
chez lui pour se consacrer à la littérature (mais non sans
accepter des charges ecclésiastiques mineures pour assurer quelque
revenu).
- pendant cinq ans, il reçoit une éducation humaniste approfondie
au Collège de Coqueret (Paris) par l'hélleniste Dorat, donc
surtout en grec. C'est là qu'il forme le groupe de la Pléiade,
d'abord actif sous le nom belliqueux de La Brigade, vers 1547. -- Le nom
de Pléiade est basé sur une école poétique
d'Alexandrie (Égypte) du IIIe s.avJ.C., et sur les sept filles
d'Atlas qui, selon la mythologie grecque, étaient transformées
en autant d'étoiles. Dorat, Baïf, Jodelle, Tyard et Belleau
étaient les autres poètes en dehors de Ronsard et Du Bellay.
- En 1550, Ronsard débute avec des odes imitant le style solonnel
de Pindare, poète grec du Ve s.avJ.C., qui chantait les vainqueurs
des jeux olympiques. il y glorifie le roi Henri II et son entourage dans
un ton hautain et surchargé d'allusions mythologiques fort savantes.
Poésie peu appréciée même par les contemporains.
-- Plus de succès ont les imitations légères d'Horace
(poète latin du I. s.avJ.C.) et d'Anacréon (poète
grec du Ve s.avJ.C.) dans les "petites odes", écrites
vers 1555, bien que Ronsard continue à pratiquer les genres élevés
en même temps (Hymnes, et plus tard, une épopée, La
Franciade). Il adopte aussi la mode pétrarquiste dans ses Amours
de Cassandre (1552). Inspirés par la fille du banquier italien
Salviati, ces sonnets réflètent les thèmes de l'amour
et la beauté idéalisés selon la tradition néo-platonicienne
et courtoise. -- Les sonnets dans Les Amours de Marie (1556), célèbrant
une paysanne angevine, sont plus simples et plus attachants. Il lui dédie
encore des sonnets après sa mort vingt ans plus tard (1578). --
Les sonnets pour Hélène (aussi 1578), enfin, chantent son
amour pour une jeune femme presque trente ans sa cadette. Elle faisait
partie du fameux "escadron volant" de la reine-mère,
Catherine des Medicis, qui s'en servait pour séduire ou espionner
des personnages politiques.
- Pendant les règnes d'Henri II (1547-1559), et de son fils Charles
IX (1560-1574), Ronsard écrit maintes pièces de circonstance
dont il est largement récompensé. Pendant les guerres de
religion qui éclatent vers 1562 et culminent avec l'infame massacre
de la St. Barthélemy en 1572, il prend d'abord farouchement parti
contre les protestants dans des discours polémiques, mais plus
tard, il se fait l'avocat d'une faction plus tolérante et modérée.
- Avec l'avènement de l'efféminé Henri III et ses
"mignons" en 1574 (fils d'Henri II et frère de Charles
IX), Ronsard connait moins de succès à la cour royale, et
doit même rivaliser avec Desportes (1546-1606), qu'il déteste.
Il se retire donc chez lui, et se consacre à re-éditer ses
oeuvres complètes sans relâche (il compose aussi ses sonnets
pour Marie Dupin et pour Hélène de Surgères, 1578).
- Une des caractéristiques de Ronsard est sa flexibilité
opportuniste, son don d'adaptation aux influences les plus diverses, soit
d'origines anciennes, soit contemporaines. Bien que germain à la
sensibilité romantique par le sentiment de la nature d'une part,
et aux exigences formelles des poètes parnassiens d'autre part,
il ne fut reconnu qu'après un interval de trois siècles
par la critique du XIXe siècle.
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